Visite du jeudi 8 mars 2018


Vogelsang IP



    Nous sommes une trentaine à embarquer en direction du parc national de l'Eifel. Plus précisément vers l'ancienne forteresse de l'Ordre Vogelsang érigée sous le régime national-socialiste. Posée sur une crête au-dessus du lac de l'Urft, cette construction de 100 hectares est l'un des ouvrages architecturaux majeurs du régime, mais également une expression de son arrogance et son mépris du genre humain.



    Il s'agit d'une construction à caractère politique: le style architectural de la domination, qui servait la mise en scène du national-socialiste et démontrait ses revendications de pouvoir sur l'Homme et la Nature, est encore aujourd'hui clairement visible. L'ancien Ordensburg nazi se révèle être un bâtiment qui perturbe, qui ne parle pas en premier lieu des victimes de la dictature nazie, mais plutôt des activistes, des sympathisants et des responsables nazis. Un lieu qui soulève des questions qui dérangent.




    A travers son exploitation militaire sous le nom de « Camp Vogelsang » après la Seconde Guerre mondiale, le lieu est le reflet du chemin parcouru depuis la « guerre froide » jusqu'à l'Europe d'aujourd'hui.

    Depuis 2006, un nouveau lieu se dessine : Vogelsang IP en tant qu'« espace international » dédié à la tolérance, à la diversité et au vivre-ensemble.

    Le nouveau bâtiment de l‘office du tourisme, de glace et d‘acier, est stratégiquement placé au centre de  la « Adlerhof » et contraste avec les édifices historiques. En le traversant, on atteint les deux expositions centrales du site : dans l‘aile ouest, l‘exposition permanente du centre de documentation Vogelsang sur le passé nazi intitulée « Destinée : Herrenmensch. Les forteresses de l‘Ordre nazies, entre fascination et crime » : dans l‘aile est, l‘exposition vivante « Rêves de terres sauvages » du centre du parc national de l‘Eifel.


                                

10 h 00 : Visite de l’exposition.

Vogelsang a ouvert en 2016 l’exposition permanente sur l’histoire de la «NS-Ordensburg Vogelsang» avec le titre

« DESTINEE : HERRENMENSCH » (la race des Seigneurs).

LES FORTERESSES DE L‘ORDRE NAZI : DE LA FASCINATION AU CRIME .



    Au fil de 11 chapitres, elle propose de nombreux objets, ainsi que des photos, des films et des sources d‘informations via des supports audios et écrits. Différentes perspectives du lieu de mémoire seront mises en lumière : par exemple, concernant les motivations et parcours des participants aux cours de formation, le quotidien et la vie dans la forteresse de l‘Ordre, ou concernant la question de savoir de quelle manière nombre de ces hommes sont devenus des bourreaux.

L‘exposition ne vise pas à fournir des réponses simplistes, mais incite à faire naître des questions.

-  Qu‘est-ce qui rendait un lieu comme Vogelsang si attrayant durant la période nazie ?
-  Quelles promesses d‘avenir la direction faisait-elle aux jeunes hommes ?
-  Par quelles espérances et quels désirs étaient-ils mus ?
-  Est-ce l‘entraînement et la formation prodiguée qui les ont prédestinés à prendre part aux crimes ?
-  Etaient-ils en mesure de dire non ?
-  Se voyaient-ils comme des «  Herrenmenschen » (la race des seigneurs) et agissaient-ils en tant        que tels ? 




    L’Ordensburg Vogelsang a été construite de 1934 à 1936 et représente l’une des trois forteresses nazies destinées à la formation de la nouvelle génération de dirigeants du parti national-socialiste (NSDAP) par le « Front allemand du travail » (Deutsche Arbeitsfront, DAF). Elle a commencé ses activités de formation en 1936. Outre la formation idéologique, le sport était également un aspect essentiel de la formation. Les participants devaient après tout se rapprocher de l’idéal du « nouvel homme allemand » et représenter la « race des seigneurs » ou Herrenmenschen. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale marqua l’arrêt des enseignements.

    Les Ordensburgen nazis étaient autant des centres de formation que des scènes d’autopromotion des sommités du parti nazi. Les Ordensjunker « chevaliers de l’Ordre », étaient présentés comme la nouvelle élite du parti, et nombre d’entre eux se sentaient comme tels. Ils croyaient entamer une ascension sociale et une carrière professionnelle en intégrant les Ordensburgen. La société d’hommes qu’ils rejoignaient était promesse de refuge et de sécurité, de franche camaraderie partagée avec des personnes étant sur la même longueur d’onde.

    L’endoctrinement idéologique s’effectuait par des cycles de conférence et des séminaires, mais également par la formation physique assurée par l’entraînement militaire et toutes sortes de sports. C’est surtout la matière « science raciale » qui accentuait en permanence l’image de leur propre supériorité. Une religion de substitution national-socialiste, avec des rites et des cérémonies pleines de pathos, confortait les « Ordensjunker » dans leur croyance à participer à la création du « Nouvel homme » du futur.




    Empreints de cette structure idéologique, les hommes issus des Ordensburgen combattirent d’abord comme soldats dans une guerre qui, notamment à l’est, se transforma en une guerre raciale et d’extermination. Par la suite, plusieurs centaines d’entre eux occupèrent des rôles de colonisateurs modernes en Pologne, dans les pays baltes, en Biélorussie et en Ukraine, et nombreux parmi eux prirent part là-bas aux crimes nazis. Il fallut attendre longtemps pour que la société de l’après-guerre, puis la justice, commence à s’intéresser aux individus ayant commis ces crimes.




12 h 00 : Lunch

    Nous nous dirigeons vers le restaurant, ou nous sera servi un copieux repas typiquement régional.

Médaillon de porc de l’Eifel et sa sauce aux champignons.
Gâteau de pommes de terre et sa salade. 






14 h 00 : Visite guidée du plateau.

    Nous débutons la visite avec Jean Marie Malaise ancien capitaine-commandant de Vogelsang et Liégeois de surcroît. Nous étions donc entre de bonnes mains pour poursuivre notre visite. Malheureusement la météo ne nous a pas épargnés. C'est sous un vent froid et une pluie battante que nous avons évolué entre les différents bâtiments.

Rappel de quelques dates importantes

1934 : Début des travaux de  construction du site de Vogelsang.

1936 : Début des formations.

1939 : Suspension des formations avec le début de la Seconde Guerre mondiale.

1945 : Occupation par l‘armée américaine.

1946 : Création du camp d‘entraînement « Camp Vogelsang » par les forces britanniques. Le site                    ainsi que les terres environnantes, sont proclamés zone d‘entraînement militaire, et le village                de Wollseifen est forcé d'évacuer.

1949 : Création de l'OTAN.

1950 : Le « CAMP VOGELSANG » passe sous l‘autorité de l‘administration militaire belge (utilisé                 aussi comme zone d’entraînement militaire OTAN).

1955 : Pacte de Varsovie. La division du monde en 2 blocs est scellée.                                                           Début de la « Guerre Froide » Est Ouest.

1991 : Fin de la « Guerre Froide ».

2005 : Retrait des derniers militaires belges.

2006 : Ouverture au public en tant qu'espace international Vogelsang.

2016 : Inauguration de Vogelsang IP.


De multiples traces de la présence des militaires belges sont encore visibles aujourd'hui.
  • La caserne belge Van Dooren.

  • Les bâtiments d'entraînement  à Wollseifen.

  • La chapelle belge proche de l'entrée « Malakoff ».

  • L'aire de lavage pour véhicules militaires blindés à l'emplacement du parking actuel.

  • La station-service belge
  • L'ancien cinéma de la caserne belge.






Taverne de la forteresse



Caserne Van Dooren




Cinéma de la caserne








Nous prenons le chemin du retour impressionnés par le côté grandiose mais sinistre
de ce complexe chargé de plus de 80 ans d'histoire.


A très bientôt lors d'une nouvelle découverte.